|
|
 |
|
| DOSSIER |
|
ÉTÉ 2005, LE PORTUGAL EN FEU ... |
|
Au Portugal, des incendies alimentés par des vents violents et une grave sécheresse ont coûté la vie à 15 personnes et détruit selon les estimations 240.000 hectares de forêt et de terres agricoles. Des feux ont également fait des dégâts dans le sud de la France et l'Espagne, tandis que 42 personnes ont péri dans des inondations en Roumanie, Bulgarie, Autriche, Allemagne et Suisse.
|
|
|
Jusqu’à la fin du mois d’août, près de 240 000 hectares ont brûlés au Portugal en 2005, seconde pire année en aire détruire depuis qu’il existe des registres c’est à dire 1980. Après l’année noire que représenta 2003 (avec un total de 425 000 hectares), c’était 1992 qui occupait la seconde place dans ce triste ranking avec 180 000 hectares.
Cette estimation résulte des images capturées par satellite et fut présentée lors d’une conférence de presse conjointe fin août du Ministre de l’Intérieur, Antonio Costa, du Ministre de l’Agriculture, Jaime Silva et du directeur de l’Autorité Nationale pour les Incendies Nationaux, le Général Ferreira do Amaral.
Ce qui est également préoccupant est la comptabilisation des dommages causés par les feux sur les habitations, industries et exploitations agricoles ou commerciales. 116 habitations ont déjà brûlé cette année, valeur qui se rapproche du nombre de maisons brûlées au Portugal durant l’année noire, 2003, où 145 maisons furent détruites.
En ce qui concerne le milieu agricole, 730 exploitations ont déjà été détruites. Dans le seul secteur de l’agriculture, le montant des dommages calculé par le ministre de tutelle est estimé à 300 millions d’euros. Les dommages relatifs aux nombres de maisons et industries tournent autour de 760 millions. 15 installations industrielles et commerciales ont complètement brûlé et 15 partiellement.
.: LES CAUSES
|
Les violents incendies qui ont débordé les pompiers portugais cet été illustrent le besoin de repenser la gestion des forêts et la lutte anti-incendies, s'accordent à penser experts et dirigeants.
En proie à sa pire sécheresse depuis 1945, le Portugal a vu partir en fumée entre 180.000 et 240.000 hectares de forêts depuis le début de l'année, le pire bilan de la décennie après 2003. Mais la météo n'explique pas tout.
|
|
Forêts mal entretenues, pompiers peu formés, appel au secours à l'Union européenne (UE): le Portugal a montré ses limites.
"Il y a sept fois plus de départs de feu au Portugal qu'en Espagne, 20 fois plus qu'en France", souligne Eugenio Sequeira, président de la Ligue pour la protection de la nature (LPN), l'un des principaux experts portugais.
Les pouvoirs publics ont montré fin août du doigt les propriétaires de forêts qui n'entretiennent pas leurs parcelles.
Le président Jorge Sampaio a invité le nouveau gouvernement socialiste à prendre des "mesures coercitives" contre les négligents.
Il a appelé à la tenue dès septembre d'un débat national sur la gestion des 3,3 millions d'hectares de forêt du pays. Un patrimoine morcellé entre un demi-million de particuliers, dont 70% possèdent moins de 4 hectares.
En écho, le ministre de l'Agriculture, Jaime Silva, a annoncé que les subventions agricoles ne seront bientôt plus versées qu'à ceux qui nettoient et débroussaillent leurs propriétés.
"Nous courons le risque, si nous ne changeons rien, de ruiner l'énorme potentiel des forêts portugaises", a-t-il averti.
"Je ne vois pas bien comment il va faire", a commenté jeudi Eugenio Sequeira dans un entretien à l'AFP. "Les petits propriétaires n'ont pas d'argent, 50 descendants ont hérité du grand-père et ignorent souvent quel terrain leur appartient en propre. Le cadastre et chaotique".
L'expert prône la sensibilisation à l'environnement des villageois qui brûlent depuis des siècles les forêts pour les pâturages.
Il préconise le regroupement en coopératives des petites propriétés pour assurer leur entretien.
Mais Eugenio Sequeira dénonce surtout les effets pervers de la Politique agricole commune (PAC). L'UE subventionne les paysans pour abandonner leurs activités peu rentables et replanter du pin ou de l'eucalyptus, des essences vite rentables, notamment pour l'industrie du papier, mais très inflammables comparés aux chênes originels, souligne-t-il.
"Du coup, les pâturages et les vignes indispensables pour freiner la progression des incendies au milieu des forêts ont disparu", commente l'expert.
|
"Soit on paie des Canadair, des indemnisations et la facture écologique énorme des incendies, soit on subventionne le petit paysan pour qu'il reste. C'est une décision politique qui appartient à l'UE, pas seulement au Portugal".
Côté pompiers, le bilan de la crise est également sévère. Débordé par les flammes, Lisbonne a réclamé l'aide de l'UE et plaidé pour une "mutualisation" des forces de lutte contre le feu européenne.
Cinq pays (France, Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas) ont dépêché neuf avions et hélicoptères bombardiers d'eau pour aider quelque 3.000 pompiers et militaires portugais chaque jour en première ligne de brasiers géants.
A 90%, ce sont des volontaires, mal équipés, peu formés. Les 2.600 pompiers professionnels du pays sont presque tous préparés au seul milieu urbain.
"Les volontaires de base sont très bons, jusqu'au niveau du lieutenant", relève Eugenio Sequeira, qui fut également pompier volontaire. "Mais les officiers supérieurs ignorent comment se propage le feu, comment s'apprécie la vélocité et la direction du vent, comment repérer par GPS tous les véhicules engagés. Il n'y a même pas d'état-major central".
|
|
:: Estelle Valente - Septembre 2005
|
|
|
|
QUELQUES CHIFFRES
:: 4529 : Hommes impliqués en 2005 "dans le dispositif de vigilance, sensibilization e détection", selon l'Autorité Nationale pour les Incendis de Forêt
:: 1820 : Hommes intégrant le dispositif de preière intervention.
:: 4150 : Pompiers détachés dans la fase Bravo (à partir du 1er juillet), plus 49 véhicules aériens et 978 véhicules terrestres
:: 10 : Avions anphibis Canadair espagnols utilisés jusqu'au 21 Août; en plus de ceux-ci, il a été utilisé 2 avions Canadairs français et italiens, 3 hélicoptères bombardiers allemands ainsi que 2 Suiper Pumas hollandais.
:: 115 : Interpélations réalisées depuis le début de l'année, desquelles 47 réalisées par la "Guarda Nacional Republicana", 62 par la Police Judiciaire et 6 par le Corps Notional de la Garde Forestière.
:: 27.000 : interventions contabilisées au long de l'année.
Source : Público - 24 de Agosto de 2005
Chiffres : Sur les 10 dernières années, on dénombre en moyenne au Portugal :
Année - Nombre d'incendies / Ha brûlés
1995 - 34.116 / 169.612
1996 - 28.626 / 88.867
1997 - 23.497 / 30.535
1998 - 34.676 / 158.369
1999 - 25.477 / 70.613
2000 - 34.109 / 159.605
2001 - 26.533 / 111.850
2002 - 26.488 / 124.411
2003 - 26.195 / 425.716
2004 - 21.870 / 129.539
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
.: Cap Magellan © 2005 -- mentions legales -- plan du site :.
|
|